Lutte contre les discriminations : le ministère de l’éducation nationale « hors sujet »

Communiqué de presse du 22 février 2011

Suite à la polémique autour du dessin animé « le baiser de la lune », Luc Chatel déclarait dans son discours devant la fondation Wyeth le 5 février 2010 : « c’est bien à l’ensemble des discriminations que je veux m’attaquer en 2010 (...) je veux que la lutte contre les discriminations soit un chantier prioritaire, voire le chantier prioritaire, de l’Éducation nationale en 2010 ». Un an après, les associations LGBT ne peuvent qu’être en colère face au décalage entre le volontarisme affiché et la réalité.

En effet, hormis une campagne de diffusion de la Ligne Azur arrivée dans les établissements scolaires au mois de mai avec des résultats inégaux quant à l’affichage effectif et un rapport sur les discriminations au mois d’octobre dont nous n’avons pu que constater les carences*, rien n’a été fait**. La lutte contre le harcèlement scolaire a été déclarée grande cause de l’éducation nationale en 2011 et le ministère doit confirmer, fin mars, la création d’un Observatoire du harcèlement à l’école. Pourtant, les méthodes envisagées dans certaines déclarations récentes sont inquiétantes :
- Une enquête de victimation concernant 300 collèges serait effectuée, entre autre, sous l’égide des EMS (équipes mobiles de sécurité).
- Concernant la formation : un texte sur la gestion de la classe et du groupe est censé répondre à nos aspirations et à un véritable travail éducatif dans les établissements ; or ce texte ne mentionne pas une seule fois la lutte contre les discriminations, les mécanismes qui les sous-tendent, et vise uniquement à contenir la violence des élèves.
- Concernant l’Observatoire : il ne traiterait que du harcèlement scolaire.
- Pour le ministère, les personnels ne semblent pas concernés par les discriminations puisque rien n’est prévu à leur égard.

La lutte contre les discriminations ne peut servir de prétexte au développement de politiques sécuritaires à l’école.

L’Inter-LGBT ne peut que rappeler encore une fois que la lutte contre les discriminations ne saurait être réduite à la lutte contre la violence et le harcèlement à l’école. Elle passe par la mise en place d’outils concrets pour les personnels, par une véritable formation et par une politique éducative qui ne se soucie pas seulement des formes spectaculaires et graves de violence mais qui travaille aussi à les prévenir.

De même, l’Inter-LGBT ne peut qu’être consternée face à l’absence d’action envisagée par le ministère en direction des personnels ou des familles, notamment pour l’amélioration de l’accueil des familles homoparentales.

Pour l’Inter-LGBT, ces premières annonces sont nettement insuffisantes et sont pour une très grande part hors-sujet. Alors que les épreuves du baccalauréat se tiennent dans quelques mois, il est grand temps pour le ministre de traiter correctement le sujet qui lui est posé : la lutte contre les discriminations à l’école en général, et contre les LGBTphobies en particulier.

Dans la même rubrique