Les "amis homosexuels" de Claude Greff - Récit d’une rencontre avec la Secrétaire d’Etat à la famille

COMMUNIQUE DE PRESSE DU 22 FEVRIER 2012

L’Inter-LGBT avait rendez-vous de longue date avec la Secrétaire d’État à la Famille, Mme Claude Greff. Étant donné le contexte, il nous semblait important de faire un point sur le bilan de l’action du gouvernement concernant les familles homoparentales, de rappeler nos revendications dans le cadre de la campagne électorale et de revenir sur les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy, le président désormais candidat, concernant les sujets de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ou encore l’homoparentalité.

On apprendra dans cet entretien sur-réaliste que, non seulement la loi (et donc l’évolution des droits) ne saurait changer ou agir sur les mentalités mais aussi que les lois actuelles prévoient déjà beaucoup de choses pour sécuriser la situation des familles homoparentales.

« Mes amis me disent que... »

Il faut dire que, de manière générale, l’argumentation de la ministre est affligeante. Les différents sondages*, clairement en faveur des revendications de l’Inter-LGBT depuis près de 10 ans, sont remis en cause sur la base des témoignages des proches de la ministre. A l’instar des « amis homosexuels » de Monsieur Baroin** (voire des « amis homosexuels » de Marine Le Pen ?) les « amis homosexuels » de Claude Greff ne seraient nullement intéressés par le mariage pour tous, ni par une reconnaissance des familles homoparentales. Les avis des « amis » des ministres feraient ils ou déferaient ils la loi dans notre pays ?

Bilan de la mandature : Claude Greff nous justifie... l’enterrement du projet de loi sur le statut du tiers

La ministre nous a affirmé que, selon elle, la réforme du statut du tiers, promis par Nicolas Sarkozy en 2007 et faisant suite aux recommandations de Dominique Versini, Défenseure des enfants, n’était pas nécessaire puisque ne répondant pas aux attentes des familles (et des enfants faudrait-il rajouter). Elle a notamment rappelé que la délégation d’autorité parentale était un dispositif aujourd’hui largement suffisant. D’ailleurs, les « amis homosexuels » de la ministre ne veulent pas d’autres mesures pour renforcer et sécuriser les liens entre les enfants et les parents sociaux au sein des familles homoparentales.

La ministre confirme et défend la position et la vision de Nicolas Sarkozy sur l’homoparentalité et le mariage

Sans surprise, la ministre a adopté une ligne claire de défense des positions de Nicolas Sarkozy, abandonnant le désir de dialogue émis lors de notre précédente rencontre, en décembre 2011. Pour elle, la société n’est pas prête et, nous dit-elle, la période électorale n’est pas propice à une réflexion et un (re)positionnement des candidat-e-s sur nos revendications, en particulier en matière d’égalité des droits pour les LGBT. On apprend qu’il serait malvenu d’exercer des « pressions » sur les candidat-e-s sur des questions aussi intimes, relevant du « domaine du privé » et aussi « clivantes » au sein de notre société. Nous y voyons un clin d’oeil au discours de Nicolas Sarkozy lors de son meeting de Marseille, rappelant qu’il ne fallait pas céder aux « modes du moment ». Une chose est sûre, ce ne sont pas les « amis homosexuels » de la ministre qui vont faire pression sur le candidat Sarkozy !

La loi ne servirait à rien...

La société n’est pas prête nous dit Claude Greff. N’ayant pas peur des contradictions elle témoigne de toutes les difficultés qu’éprouvent les enfants vivant dans des familles homoparentales, souffrant du regard des autres et de la société en général. Au lieu de proposer de reconnaître ces familles en leur reconnaissant une existence sociale, juridique, elle préfère nous dire qu’il faut d’abord lutter contre l’homophobie. Et de conclure cyniquement que la loi ne ferait de toute manière pas évoluer les mentalités.

Nous lui avons rappelé que le Pacs avait contribué à faire changer les représentations sur l’homosexualité notamment en permettant une visibilité et une reconnaissance sociale des couples de même sexe. Cette opposition systématique entre lutte contre l’homophobie et égalité des droits est un faux débat insupportable. Maintenir des inégalités entre les familles homoparentales et hétéroparentales ne fait que légitimer l’homophobie !

L’Inter-LGBT reste profondément inquiète des propos tenus par le candidat de l’UMP et son entourage, Claude Greff nous confirmant qu’elle conseillait Nicolas Sarkozy sur les questions liées à la famille pendant la campagne électorale. L’UMP fait preuve d’une plus grande fermeture qu’en 2007 sur les questions LGBT.

L’Inter-LGBT invite le candidat Nicolas Sarkozy à revoir ses positions pour une société plus juste, plus égalitaire. Nous mettons à sa disposition le site de campagne EgaliteLGBT2012.fr et l’invitons à entendre notre sollicitation et à se positionner clairement sur l’ensemble de nos revendications.

Pour mémoire : les revendications de l’Inter-LGBT dans le cadre de la campagne électorale sur les questions de parentalités et de familles

Post-Scriptum

* : 63% des français se déclarent favorables au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe. Sondage IFOP Sondage réalisé par internet du 21 au 23 juin 2011.

** : déclaration de M Baroin sur RTL le 14 juin 2011 : http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/francois-baroin-le-ministre-n-a-pas-d-ami-gay-qui-veuille-se-marier-14-06-2011-1336604.php

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