Communiqué de presse. IDAHOBIT 2026 : face aux dérives autoritaires et populistes, les droits LGBTI+ restent un test démocratique majeur

À l’occasion de la Journée internationale contre les LGBTphobies (« IDAHOBIT »), l’Inter-LGBT alerte sur une réalité préoccupante : à travers l’Europe et au-delà, les droits des personnes LGBTI+ sont de plus en plus instrumentalisés dans des dynamiques politiques autoritaires. Dans ce contexte, les avancées observées dans certains pays rappellent que le progrès n’est jamais automatique mais toujours le fruit d’un choix politique, le plus souvent grâce aux luttes menées par les personnes concernées.

La publication du classement annuel d’ILGA-Europe confirme cette double dynamique. Si certains États démontrent qu’un engagement politique déterminé peut produire des avancées concrètes, d’autres s’enfoncent dans des logiques de recul, de stigmatisation et de restriction des libertés fondamentales.

En France, un recul continu qui traduit un désengagement politique

Dans ce classement, la France perd à nouveau une place. Ce recul s’inscrit dans une tendance désormais constante et documentée : année après année, la France recule. Alors qu’elle était en 5e place lors de l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence, elle pointe désormais à la Xe place

  • 63 % en 2023 (10ᵉ place)
  • 62 % en 2024 (13ᵉ place)
  • 61 % en 2025 (15ᵉ place)
  • 60 % en 2026 (15ᵉ place)

La chute est lente, mais inexorable. Elle illustre une réalité préoccupante : en l’absence d’une volonté politique réelle de lutter contre les discriminations, les engagements stagnent, puis reculent.

Ce déclin est directement lié aux défaillances du Plan national d’action pour l’égalité des droits LGBTI+. Alors que ce plan devait constituer un levier, son implémentation reste largement insuffisante. Comme l’a souligné la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) : « en conséquence des faiblesses structurelles du plan, un nombre significatif de mesures n’ont pas été pleinement réalisées ou demeurent difficilement évaluables. En effet, parmi les 117 mesures prévues, à peine 20 % ont été pleinement mises en œuvre ».

Plus encore, « les deux-tiers des mesures prévues n’ont en réalité pas été réalisées, ou ne l’ont été que de façon insuffisante : soit parce que les objectifs ont été revus à la baisse, soit parce que les mesures adoptées ne permettent d’y répondre que de façon imparfaite ».

À ces carences s’ajoute une application inégale des politiques publiques sur le territoire, notamment en matière de protection des personnes trans. Les procédures de changement de prénom, pourtant encadrées par la loi, restent appliquées de manière variable selon les juridictions et les administrations, créant des inégalités inacceptables entre les personnes concernées et coutant un point à la France dans le classement d’ILGA Europe.

Ce que révèlent ces chiffres, c’est une politique publique qui privilégie la communication à l’action. Les engagements existent, mais ne sont ni suivis d’effets, ni pilotés avec le sérieux nécessaire que nos vies méritent. Ce décalage fragilise directement les droits et la sécurité des personnes LGBTI+.

À un an de l’élection présidentielle, une vigilance démocratique indispensable

À un an des élections présidentielles, l’Inter-LGBT appelle à la vigilance. La montée des discours autoritaires observée à l’échelle européenne n’épargne pas la France. Les droits des personnes LGBTI+ y sont de plus en plus instrumentalisés dans le débat public, servant de levier à des stratégies politiques de division.

Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en cause des principes démocratiques fondamentaux. L’histoire récente le montre : les droits LGBTI+, et des femmes, sont souvent parmi les premiers ciblés lorsque l’État de droit s’affaiblit ou que les intégrismes religieux se renforcent.

Une alerte qui s’étend à l’espace francophone

Au-delà de l’Europe, ces logiques sont également à l’œuvre dans l’espace francophone. Au Sénégal, le récent durcissement des sanctions pénales visant les personnes homosexuelles et leurs soutiens illustre une stratégie politique préoccupante : face à des défis économiques et sociaux structurels, le pouvoir choisit de désigner des boucs émissaires plutôt que de répondre aux besoins réels de la population.

Ces dérives participent d’un climat global dans lequel les personnes LGBTI+ deviennent des cibles privilégiées des discours de haine et de politiques répressives.

Combler l’écart entre droits et réalités vécues

La carte européenne montre combien l’extrême droite, quand elle est au gouvernement ou exerce une forte influence dans un pays, est nuisible pour les droits et libertés des minorités et des personnes LGBTI+.

Mais comme le rappelle le classement d’ILGA-Europe, les cadres juridiques, aussi avancés soient-ils, ne suffisent pas à garantir l’égalité réelle. Partout, y compris dans les pays les mieux classés, les violences et discriminations persistent, nourries par un climat de banalisation du harcèlement et des discours haineux, notamment dans la rue, dans l’intimité des familles ou sur les réseaux sociaux…

Les droits LGBTI+ ne sont jamais acquis. Ils dépendent de choix politiques clairs. À l’heure où les dérives autoritaires progressent, l’inaction organise le recul. À l’occasion de l’IDAHOBIT, l’Inter-LGBT appelle l’ensemble des responsables publics à prendre leurs responsabilités et à faire des droits LGBTI+ une priorité politique réelle. Nos vies le méritent.

Contacts presse : presse@inter-lgbt.org — Alexandre Schon 06 73 03 84 31 & Anouk Veyret 07 65 21 22 02

Délégation internationale : Arnaud Gauthier Fawas arnaud.gauthier@inter-lgbt.org / Thomas Ologo thomas.ologo@inter-lgbt.org

Crédit photo : Ilga Europe

À propos de l’Inter-LGBT : L’Inter-Associative Lesbienne, Gaie, Bi et Trans, créée en 1999, est une Association loi de 1901 et reconnue d’intérêt général, membre du Réseau d’Assistance aux Victimes d’Agressions et de Discriminations et de l’ILGA Europe. Regroupant de nombreuses organisations LGBT+ et alliées, l’Inter-LGBT a pour but de lutter contre les discriminations fondées sur les mœurs, l’orientation ou l’identité de genre, dans le cadre de la promotion des droits humains et des libertés fondamentales. L’Inter-LGBT organise chaque année la Marche des Fiertés Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans de Paris Île-de-France et le Printemps des Assoces elle participe au dialogue politique et social ; elle soutient des projets inter-associatifs et favorise à la fois la visibilité des associations LGBT+ et l’émergence d’une stratégie collective.